Dr. Housse

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Il  pénètre dans ma chambre, le teint halé, le port haletier, escorté d'une assistante des plus avenante.

Celle-ci me gratifie d'un large sourire qui n'arrive pas à masquer un regard inquisiteur et gourmand identique à celui que l'on porterait à un jambon de Parme prêt à être découpé. Puis d'un air mutin tend à l'homme le scanner de ma ceinture abdominale. Leurs visages s'empreignent d'une gravité de circonstance. Face à la fenêtre l'homme contemple les différentes vues. Je jette un  regard vers la chose. : 

     - Tiens on dirait du gros galabard coupé en tranche.

 Apropos de galabard on n'en trouve plus dans le commerce. J'ai subitement envie de gros galabard, avec une pointe de moutarde. Il est vrai que depuis huit jours seuls un bol de soupe et une compote assurent ma subsistance, la faute à un caillou qui s'est fourvoyé dans le .... la....enfin là ou il ne devrait pas être.

L'homme se tourne vers moi et m'explique les conséquences de la promenade de mon hôte indésirable. Elles sont  terrifiantes. Ce petit machin de six millimètres cherche à me tuer, sadique il s'est placé juste là ou il lui suffit de progresser d'un millimètre pour accomplir son forfait.

Je reste confiant malgré ce diagnostic. La chirurgie est puissante. Une heure de sommeil sans rêve et ce squatter finira dans une pipette au travers de laquelle je pourrai lui cracher tout mon mépris.

L'homme se tourn e vers son assistante, décrit de son doigt plusieurs circonvolutions sur le gros galabar, ils se regardent d'un air entendu. L'homme se gratte le lobe arrière de l'oreille, s'assied sur le bord de ma couche, plante son regard dans mes yeux, l'expression est très lasse. L'assistante, au garde à vous hoche la tête, regarde le gros galabar, rectifie le bouton de son chemisier, geste inutile il est bien fermé :  j'avais déjà remarqué.

L'homme parle, hémoragie, infections, pancréatite, impossibilité d'atteindre le caillou : puis égrenne une série de statistiques sur le taux de mortalité, élevé, dans ce type d'intervention. Il se lève, me sourit, condescendant me rassure :

     -  Allez ! nous ne sommes pas en Amérique ici, je ne vous demanderai pas de me signer une décharge de responsabilité. Ah !  je souhaiterai voir votre épouse avant l'intervention.

La porte se referme, je me tourne vers mon voisin, il est tout pâle.

     - He bien mon vieux ! mais il est fou ce type, la vérité d'accord mais quant même.

Je ne répond pas et puise du courage en arpentant les couloirs de la clinique. L'effet est bénéfique, fataliste je vais attendre.

Le plafond du  couloir défile sous mes yeux. Le jour J est arrivé. Nous pénétrons dans le bloc. Une nuée de lutins tout de bleu vêtus s'agite. Au centre de la pièce une batterie impressionnante d'écrans de contrôles tapisse les murs, tout doucement  ronronne un  tube jetant des éclairs bleutés. Les petits lutins me hissent sur une table froide prêts à m'enfourner dans la machine.

Soudain la machine s'arrête de ronronner, les petits lutins bleus se figent, et avec la même célérité dont ils ont fait preuve pour m'installer  démontent tout me recouche dans mon lit baladeur.

L'un des lutins baisse son masque :

     - Nous sommes désolé il y a une urgence, nous libérons la salle pour une hémorragie de la délivrance !

Et le lutin me pousse  dans un coin entre une poubelle et un placard à balais.

Digne des séries américaines l'urgence arrive. Ils sont cinq autour de la parturiente, ils courent, un lutin blanc tient à bout de bras une série de flacons, un autre ajuste une poche de sang, un gros malabar arc bouté sur le chariot écrase d'une poigne puissante l'abdomen de la patiente. pour tous je n'existe plus.

La porte du bloc est bloquée par mon lit qui dépasse. en live j'entends le déroulement des opérations. Plus de précipitations, les commentaires sont précis, les ordres calmes, les paroles rassurantes destinées à convaincre la malade, consciente, de la banalité de la chose.

Voici une heure et demi que j'attends dans mon placard. 

L'homme arrive, renouvelle ses excuses pour le retard de l'intervention qu'il doit pratiquer, vous savez celui qui ne demande pas de décharge de responsabilité.

Nous entamons une discussion, le temps, la politique, les bleus, pas les lutins, les guignols qui tapent dans un ballon en essayant de ne pas le laisser rentrer dans une cage garnie de filets, ils y réussissent pas mal d'ailleurs, puis nous parlons télé. Je me désole de la pauvreté des programmes, de ces séries américaines, et pensant m'attribuer les bonnes grâces de mon interlocuteur je me répands en invectives sur la série Dr. Housse.

A ce moment tout s'éclaire, un immense réconfort m'envahit ! je vais survivre, j'en suis sûr ! la situation n'est pas aussi aléatoire :  l'homme est un fan du Dr. Housse, il n'en rate pas une série et admire le cynisme de son héros au point de s'identifier à lui. Transfert de personnalité dirait un psy. Serein après deux heures d'attente je retrouve avec bonheur mes petits lutins bleus, ma machine ronronnant du plaisir de me retrouver, et un chirurgien compétent et infaillible comme le Dr.Housse. La preuve ? L'Oie va continuer à sévir sur le Web, sans sa vésicule mais toujours avec son foie, ma foi. 

 

 

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Sylvette à la campagne 27/08/2010 23:18


Tiens ? Je ne découvre cet article qu'aujourd'hui !
Alors il s'agit bien du Dr House ! La "Housse" c'est ce qu'on referme sur le mec qui n'est pas du bon côté des statistiques !